Pendant plusieurs décennies, les Cahiers de la Bonne chanson ont accompagné le quotidien de nombreuses familles québécoises. Ce que l’on sait moins, c’est que l’auteur de ces cahiers, l’abbé Charles-Émile Gadbois, a vécu une vingtaine d’années à Maisonneuve.
Né le 1er juin 1906 à Saint-Barnabé-Sud, près de Saint-Hyacinthe, Charles-Émile Gadbois débute ses études classiques au Séminaire de Saint-Hyacinthe. En 1925, sa famille s’installe avenue Aird, à Maisonneuve, où son père devient agent immobilier. Charles-Émile termine ses études au Séminaire de Montréal en 1930, année où il est ordonné prêtre.
À partir de 1937, il se consacre au grand projet de sa vie : les Cahiers de la Bonne chanson. Convaincu qu’« un foyer qui chante est un foyer heureux », il y rassemble des chansons folkloriques, patriotiques, religieuses et de Noël. Pensés pour être chantés à l’école, en famille ou lors de célébrations, ces cahiers marquent profondément la culture populaire québécoise du milieu du 20ᵉ siècle. Fortement imprégnés de la morale catholique de l’époque, ils s’inscrivent aussi dans un effort visant à contrer l’influence grandissante de la chanson française et américaine sur les ondes radiophoniques du Québec.
Le succès est fulgurant. Les Cahiers de la Bonne chanson sont diffusés non seulement au Québec, mais aussi au Nouveau-Brunswick, en Ontario, dans les provinces de l’Ouest et jusque dans la région de la Nouvelle-Angleterre. La distribution atteindra quelque 100 millions d’exemplaires et touchera 25 pays, en plus du Canada et des États-Unis. Certaines chansons sont également offertes à l’unité, imprimées sur une seule feuille, pour la modique somme d’un sou. De 1939 à 1952, l’émission radiophonique Le Quart d’heure de la Bonne chanson est diffusée pendant treize ans, d’abord sur les ondes de CKAC, puis sur celles de Radio-Canada.
En 1955, l’abbé Gadbois est contraint de céder ses droits aux Frères de l’Instruction chrétienne. Très malade au milieu des années 1960, il s’installe au 1818, boulevard Pie-IX, une maison occupée par la famille Gadbois depuis 1930. Il y meurt le 24 mai 1981. Son service funèbre est célébré à l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus.
Certaines de ces chansons continuent encore aujourd’hui de traverser le temps et d’être réinterprétées. Pensons, notamment, à V’la bon vent, reprise par Viviane Audet et Adèle Trottier-Rivard pour la bande sonore du film Arsenault & Fils de Rafael Ouellet, ainsi que Envoyons d’l’avant, entonnée par Karl Tremblay, du groupe Les Cowboys Fringants, à la fin de la chanson En attendant (Le réel de nos gens).
Auteur : André Cousineau
Images : (Vignette) La première page de la première édition des cahiers de La Bonne Chanson, 1938. Internet archive (Texte) Charles-Émile Gadbois; image tirée du site Cantons en français
Publication originale : Facebook, Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, 11 février 2026
